Gaillard & Claude - A finite Sum
GAILLARD & CLAUDE
A finite sum

14 avril > 28 mai 2016

vernissage le jeudi 14 avril 2016 à 18h30

C’est un orchestre, ou plus précisément une orchestration, que présentent Gaillard & Claude dans l’espace d’In extenso, avec à la fois ses musiciens, ses instruments, son organisation scénique, son matériel, etc. L’exposition A Finite Sum propose la troisième représentation (1) de cet ensemble « à vent », créant une nouvelle configuration de ces objets dans l’espace, tel un orchestre en tournée rejouant toujours la même partition, bien que son interprétation soit singulière à chaque occurrence. In extenso se transforme à cette occasion en salle de concert, en proposant à ses visiteurs une musique de chambre intimiste bien qu’inhabituelle…

            L’art de Gaillard & Claude s’est construit en symbiose avec les années 2000. Prenons seulement leur nom d’artiste, qui n’est pas celui d’une personne mais celle d’une marque. Une grande majorité de leurs œuvres en volume reflètent alors l’esprit du branding, la consommation de masse, les raves parties, la musique électronique, les boutiques de mode, ainsi que le mode de fonctionnement des start-ups, leur esthétique, leur design… A cette gaité artificielle s’oppose l’éclatement de la bulle-internet, revers économique sombre de cette période. L’esthétique de cette époque est dorénavant bien discernable, et pourrait être associée aux objets colorés, au design en plastique, au graphisme lié à l’infographie, à l’économie postfordiste, la fin des CD et DVD, l’apparition du MP3, et bien d’autres encore. C’est précisément là que se sont greffées et ont proliférées leurs sculptures, par imprégnation de toutes ces références, prenant acte du nivellement global de la culture, « high » ou « low », pour atteindre des formes génériques dans lesquels cohabite ce grand tout référentiels. Bien qu’elles adoptent les codes du Pop art (agrandissement, finitions parfaites, couleurs séduisantes…), les formes synthétiques caractérisant leurs œuvres ne représentent que rarement des objets facilement repérables à l’inverse des pièces d’Haim Steinbach, ou Claes Oldenburg que l’on rapproche souvent de leur pratique. Leurs œuvres deviennent abstraites et fluides, comme pour échapper à toute récupération ou réconfort visuel, sans pour autant adopter une posture de défiance.

            Il semble que leur parti pris esthétique ait récemment connu un tournant. Les couleurs séduisantes se sont estompées au profit d’une blancheur immaculée et aseptisée, les objets calqués sur ceux de la production de masse, remplacées par des formes organiques, et palliant aux décibels électroniques, un plat silence. Nous aurions tendance à rapprocher leurs dernières pièces de la sculpture classique, à les appréhender comme des natures mortes nouvelles générations. Les socles ont été remplacés par du mobilier de musique (des portes partitions, tabouret de pianiste, pieds d’enceintes…) sur lesquels reposent de curieux instruments à vent anthropomorphiques et autres dents/tambours. Tout porte à croire que la vibration pop des travaux précédents se soit assagi au cœur d’une paisible orchestration dont le silence à la John Cage serait l’ultime discours. Ces hybrides exhalent toutefois une facétieuse présence phallique, et leur surdimensionnement demeure inévitablement pop. Ces formes généreuses, semblables à de gros jouets, incitent au toucher, à la caresse. Si ce n’était pour leur pseudo fonctionnalité musicale, on les saisirait. Ils stimulent ainsi nos envies et deviennent de véritables objets de désir à l’instar des produits de consommation, ceux mêmes qui alimentaient leurs œuvres de la décennie précédente.

            Nous aurions donc tort de séparer ce corpus de celui des années 2000. Un certain fil rouge relit avec cohérence les deux ensembles. Gaillard & Claude poursuivent leurs mises en relation d’éléments disparates, dans une rencontre des contraires décomplexées, sans s’inquiéter des questions de poids et de volume (ces dernières sculptures semblent davantage flotter). Ces pseudos instruments à vent insufflent leur vide intérieur pour ne laisser exister que leur enveloppe externe, leur coquille, l’insolite relation des ensembles les constituant.

 

Benoît Lamy de La Chapelle

 

Gaillard & Claude sont nés en 1974 et 1975. Ils vivent et travaillent à Bruxelles. Ils sont représentés par la galerie Loevenbruck, Paris.

 

gaillardandclaude.com/

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Note :

1. A Proper Orchestra is Fun for Everyone ! présenté aux Bains-douches, Alençon (2015) et Early Development of Calculus à Etablissement d’en face, Bruxelles (2016).

Vues de l'exposition Gaillard & Claude, A Finite Sum, In extenso, Clermont-Ferrand, 2016.

Crédit photo: Gaillard & Claude et In extenso.